Pratiques professionnelles

La culpabilité de l’enseignant stagiaire

Un des problèmes que vous risquez de rencontrer en tant que stagiaire est le décalage entre les formations, les avis des collègues et la réalité sur le terrain. La théorie vous donne des pistes, des modèles et s’appuie souvent sur des exemples d’enseignants aux pratiques parfaites. Mais une fois seul face à votre classe, rien ne semble se dérouler comme prévu. C’est normal !

Comment ? Une classe doit être silencieuse ? Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe chez moi ! »

Chaque professeur a un niveau de tolérance variable au bruit. Certains vont préférer un silence absolu, d’autres se sentent mieux avec un peu d’animation. À vous de fixer votre maximum de tolérance (il peut varier en fonction de l’heure, du jour, de la période de l’année). Les élèves sauront très vite quelles sont vos limites. Ils essaieront de les franchir au début, à vous de les en empêcher.

« Il paraît qu’au collège, la discipline c’est heure de colle, mots dans le carnet, punitions ! »

Là encore, tout dépend de votre mode de fonctionnement et surtout de votre établissement. Donner beaucoup de punitions demandent de la rigueur dans la vérification et le suivi en cas de non-rendu. Les heures de colles exigent souvent de vous que vous restiez sur place. Si vos élèves y sont sensibles, ça vaut le coup. Mais parfois les élèves se fichent complètement d’être collés, d’avoir des mots dans le carnet et ne rendent jamais les punitions. Dans ce cas, ne vous obstinez pas et ne perdez pas votre temps surtout si ça vous crée plus de désagréments que de résultats. Pensez aussi à vous ! Voyez avec l’équipe pédagogique ce qui peut être fait, communiquez avec votre administration, c’est important.

« Je rigole avec mes élèves, c’est mal ? »

Alors sur ce point, on peut se heurter parfois à un conflit intergénérationnel. Vous entendrez que rire avec ses élèves c’est de la démagogie, qu’il ne faut pas être dans l’affectif, que vous allez vous faire déborder, qu’il ne faut pas copiner avec les élèves etc. Or, si le rire ne nuit pas à l’apprentissage, il n’y a pas de mal. Bien souvent un élève qui rit est un élève détendu, plus propice à la concentration après. À condition bien entendu de réussir à limiter les débordements. Et puis, vous êtes aussi là pour vous faire plaisir, autorisez-vous des petits moments de détente en classe ! Les élèves ne demandent que ça.

« Ohlala je ne vais jamais terminer le programme ! »

Inquiétude légitime. Vous sortez d’une préparation au concours très disciplinaire, vous avez plein de connaissances et avez envie de les transmettre. C’est une bonne chose. Mais pour tenir le programme il faut se limiter aux stricts intitulés officiels. Vous aurez parfois l’impression de ne pas donner assez de contenu, mais là encore la quantité d’informations dépendra de vos élèves et de leur rapidité. Si vous voyez que la discipline prend beaucoup de temps, contentez vous du minimum officiel. Vos élèves avancent vite, n’hésitez pas à approfondir.

De manière générale, ne culpabilisez pas. Faites comme vous pouvez, comme vous voulez. Rien n’est irrécupérable et surtout communiquez le plus possible avec vos collègues, votre administration et vos collègues stagiaires. Ne restez jamais seul face à des difficultés, n’ayez jamais honte de vous faire déborder par les élèves ! Vous pouvez demander de l’aide à tout moment (un collègue ou un membre de l’administration peut venir dans votre classe en renfort, laisser la porte de votre classe ouverte et demandez à des collègues de passer de temps à autre dans les couloirs, négociez avec des collègues pour qu’ils vous prennent des élèves perturbateurs en cas de problème...)