Avril 2014 - Première biennale de la littérature de jeunesse 2014

Les débats qui peuvent être consultés ici ont eu lieu dans le cadre de la Première biennale intitulée « La littérature de jeunesse : un ou des objet(s) en éducation ? », organisée par l’École supérieure du professorat et de l’éducation de l’académie de Versailles [1] en avril 2014 à Gennevilliers.

Créateurs, éditeurs, enseignants, bibliothécaires, chercheurs et spécialistes de la lecture des jeunes s’y posent une question centrale, celle de la place et de la définition qu’ils accordent respectivement à la « jeunesse » destinataire de cette littérature, qu’il s’agisse de l’enfant, de l’adolescent ou du jeune adulte. Qu’entendent-ils respectivement, lorsqu’ils parlent des jeunes lecteurs et des actions artistiques et éducatives élaborées à leur intention ?

Lors de quatre débats, les participants s’interrogent sur les prises de position idéologiques qui sous-tendent, explicitement ou non, les discours tenus sur la littérature de jeunesse (débat 1) mais aussi sur la pertinence d’une notion comme celle de “segmentation” du lectorat (débat 2).
Rappelant que le livre a longtemps servi de vecteur à la relation éducative établie entre l’adulte et l’enfant, les participants au troisième débat se demandent si l’arrivée du numérique détermine réellement de nouveaux objets-livres et influe sur leur réception par les jeunes publics (débat 3). Enfin, qu’il s’agisse de mutations profondes ou de renouvellements plus limités, ces évolutions imposent de « nouvelles médiations », que les intervenants d’un dernier débat s’efforcent de cerner (débat 4).

L’option a donc été d’offrir à la discussion des questions essentielles que tous les acteurs du livre et de la lecture pour jeunes publics sont conduits à se poser professionnellement, au quotidien.
On en trouvera plus largement l’écho dans l’ouvrage qui restitue l’ensemble des contributions de cette Biennale, ouvrage diffusé par l’AFEF, sous le titre " (D)écrire, prescrire, interdire : les professionnels face à la LJ aujourd’hui" (2016).
[1] École interne de l’université de Cergy-Pontoise

  • Débat 1 : L’intention éducative revendiquée, incarnée par des narrateurs ou par des personnages au sein de la fiction pour la jeunesse ne serait-elle qu’une velléité progressivement devenue archaïque et avec laquelle la création contemporaine aurait définitivement rompu ? Mais si tel n’est pas le cas, quelle vision de l’enfant et de sa nécessaire formation sous-tend la littérature de jeunesse contemporaine ? Nathalie Brisac, comme auteure et représentante de l’école des loisirs mais aussi investie de son expérience d’enseignante et de formatrice en IUFM, Pierre Bruno, en tant que spécialiste des médias pour la jeunesse, ont tous deux accepté de se confronter dans ce premier débat. L’échange animé par Francis Marcoin, président de l’Université d’Artois et éminent spécialiste de la littérature de jeunesse, souligne d’abord la nécessité de clarifier le concept d’éducation. Nathalie Brisac comme Pierre Bruno s’accordent certes pour reconnaitre à la littérature de jeunesse un rôle de transmission. Mais si Nathalie Brisac, comme auteure, la conçoit plutôt comme un cœur à cœur entre l’auteur et le lecteur, le livre de jeunesse éduquant l’enfant en lui offrant ressources imaginaires et sécurité affective, Pierre Bruno s’attache surtout à analyser la part d’idéologie, explicite ou impensée, nourrissant cette transmission souvent habitée de contradictions internes.
  • Débat 2 : Le débat présenté réunit trois professionnels évoluant dans des sphères distinctes – mais complémentaires – de la littérature de jeunesse : Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse, association et centre de ressources qui non seulement s’intéressent à la lecture et à la médiation dans le domaine du livre pour adolescents mais proposent également des formations et éditent une revue, Lecture Jeune ; Annick Lorant-Jolly, de 2007 à 2014 rédactrice en chef de La Revue des livres pour enfants publiée par le Centre national de la littérature pour la jeunesse-BnF/la Joie par les Livres ; Jean-Pierre Siméon, auteur de nombreux recueils de poésie, de romans, de livres, en particulier pour la jeunesse, et directeur artistique du Printemps des poètes depuis avril 2001. Tous trois discutent de la segmentation du lectorat par âge et, qui plus est, par genre (au sens de gender) et s’interrogent sur sa pertinence.
  • Débat 3 : Dans cet échange, trois intervenants sondent les conséquences de l’arrivée des nouvelles technologies dans le secteur éditorial traditionnel : Sylvie Vassallo, comme directrice du Salon de Montreuil depuis 2001 est en effet fort bien placée pour observer ces éventuelles mutations. À ses côtés, Anne de Liliac, co-directrice du développement numérique au sein du groupe Fleurus, peut aussi éclairer les engagements mesurés, voire les hésitations du secteur éditorial dans le domaine du livre numérique, tandis que Stéphane Roth, directeur éditorial et multimédia de la Philharmonie de Paris - Cité de la Musique, nous engage à repenser l’histoire de cette montée en puissance, ses enjeux comme ses limites objectives.
  • Débat 4 : Jean-François Massol, professeur à l’université Stendhal de Grenoble, spécialiste de la didactique de la littérature et de la littérature de jeunesse, anime ce quatrième débat. Après avoir rappelé que la création intègre toujours une représentation de l’enfant, son ultime destinataire, Christian Poslaniec, auteur, chercheur et formateur en littérature de jeunesse réaffirme fortement la singularité de l’œuvre littéraire ; face à lui, Christian Chelebourg, professeur de littérature française et de littérature de jeunesse à l’université de Lorraine, considère au contraire que cette prééminence constamment réaffirmée est un cadeau empoisonné pour le livre de jeunesse : chantées par l’adulte dans un monde où son rôle d’éducateur/transmetteur est contesté, les vertus de la lecture et du livre en deviennent éminemment suspectes et donc d’autant plus contestables. Christian Chelebourg appelle donc à ne pas isoler le livre, mais à le considérer dans le champ large des productions médiatico-culturelles, à repenser sa relation avec les autres objets offerts à la jeunesse.

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